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En quoi la Réforme Protestante de Martin Luther influence-t-elle les sociétés modernes?

Par Lefabson Sully

Analyse de la Réforme au prisme de la modernité suivi d'une recommandation en lien avec l'éthique chrétienne.



Quelles sont les conséquences de la Réforme Protestante de Luther qui influencent encore nos sociétés?

Comment promouvoir une éthique protestante dans le contexte des temps modernes?

Pour commencer, qu’est-ce que la modernité ? Est-ce un état, un fait perçu dans le monde sensible, un mode de pensée ou un processus de changement?


La Modernité est un ensemble de changements croissants selon la pensée dominante qui touchent les systèmes philosophiques, scientifiques, politiques et économiques. Ces changements, appelés progrès, ouvrent de nouvelles perspectives et de nouvelles façons de voir et de comprendre les choses en à travers le raisonnement, le protestantisme, la démocratie et le capitalisme.


Je vous le dis tout de suite, les civilisations humaines n’ont pas été prévues de telle ou telle façon, elles sont mises en place dans le temps selon des modèles antérieurs et dans l’espoir qu’elles seront idéales pour les sociétés. Cependant des penseurs, des hommes d’affaires et des élites de la classe dominante développent toujours des stratégies pour modeler ces changements et profiter de leurs conséquences. (Lefabson Sully)

À titre de rappel, la Réforme est avant tout un mouvement de transformation, de changement en profondeur au sein de la religion chrétienne.


Les grands principes de la Réforme de Martin Luther sont : le retour à la source du christianisme, la révision de la doctrine du salut, le rejet du commerce des indulgences, le rejet du culte des saints et de la Vierge. En effet, les premières motivations de la Réforme ( Selon certains penseurs) étaient religieuses, politiques et économiques ce qui entraine une vaste transformation des sociétés européennes et des cultures à influences européennes dont celles de l’Amérique du Nord.


En quoi la Réforme Protestante de Luther influence-t-elle les sociétés modernes?


Pour commencer, la Réforme n’est pas l’unique source qui alimente la modernité cependant elle y contribue grandement.

Selon moi, nous pouvons classer les influences de la Réforme comme suit :


Un nouveau rapport avec les autorités (religieuses) démystification, désenchantement ou désacralisation partielle de l’autorité ecclésiastique.


Avant la Réforme, il n’y avait que le pape, le patriarche et les archevêques qui contrôlaient la pensée du peuple, tout ce qu’ils disent c’était à prendre ou à laisser. Ce n’est pas simple de laisser ( de contester leurs idées) en tout cas parce qu’il y avait risque que tu sois jugé, excommunié et même exécuté. Ces hommes décidaient sur la vie, les institutions, les structures humaines surtout quand l’autorité de l’église était approuvée par le roi (l’église de l’État).


Quelques exemples :


Selon l'église, le sexe est le moyen que Dieu a mis à la disposition de l’homme pour procréer afin d’assurer la survie de la race humaine. Donc, tout usage du sexe en quête du plaisir était condamné. Tandis qu’avec la modernité, l’individu découvre son corps, cherche du plaisir avec lui-même par la masturbation, avec une personne de même sexe ce qu’on appelle l’homosexualité et même avec des animaux.





Alors, jusque-là il n’y a pas d’enjeu, il y en aura lorsque ce différentes pratiques qui étaient considérés comme déviantes dans les sociétés traditionnelles et deviennent la règle elles deviennent dominantes. C’est là que commence le dilemme de l’église.


Un autre exemple, l’avortement. L’église traditionnelle condamnait et condamne encore cette pratique. Tandis qu’avec les progrès médicaux et techniques, avec les avancées en matière de droit pour que la femme possède son corps et puisse l’utiliser à sa guise, « pro choix », il est évident que l’avortement devienne la règle, surtout quand la grossesse a eu lieu dans un contexte troublant comme le viol et l’inceste ou quand la vie de la mère est en danger.


Je pourrais aussi parler de l’aide médicale à mourir, mais je vous invite à aller lire mon article et écouter mon balado ici sur lefabsonsully.com, c’est très bien expliqué.


Le rapport avec les autorités ecclésiastiques a changé même au sein de l’église avec :


Le Méthodisme, mouvement protestant émergeant au 18ième siècle en Angleterre et qui se sépare de l’Église anglicane au début du 19ième siècle.


Le Luthérianisme, une doctrine protestante aussi datant du 16ième siècle en Europe, qui prend de contrepied l’argument calvinisme affirmant que le salut est atteignable pour tous.


Le Calvinisme, toujours une branche du protestantisme prenant naissance au 16ième siècle en Europe de langue allemande. Leur principal focus est mis sur la doctrine de la prédestination, seulement ceux qui sont élus sont sauvés.


L’Évangélicalisme ou les évangéliques, un mouvement qui a pris naissance aux États-Unis au 20e siècle.


Enfin le Baptisme qui a pris naissance au 17e siècle qui préconise un rapport personnel avec Dieu et un style de culte distinct.


Le libre accès aux textes bibliques vient créer un nouveau marché (création des départements de théologie dans les universités, grâce à l’imprimerie il va y avoir une production massive de bibles et de livres qui interprète la Bible)


À ce point, nous constatons une effervescence vers les études théologiques dont aux États-Unis va prendre naissance l’université Harvard en 1636 qui va consacrer beaucoup de ressources pour former des pasteurs, des maisons d’édition qui seront consacrées à l’édition et à la distribution de la Bible exclusivement.


Beaucoup de chrétiens vont consacrer toute leur vie à la mission chrétienne. Aux États-Unis en 1630 débarquèrent dans la baie du Massachussetts des puritains venant de l’Angleterre fuyant la dictature. Jean Baubérot nous raconte une partie de leur histoire.


« Les puritains de la Nouvelle-Angleterre se considèrent comme le peuple élu, reprenant pour eux la tradition chrétienne qui fait de l’« Église » le « Nouvel Israël », continuatrice du peuple hébreu de l’Ancien Testament. L’Amérique est la « Nouvelle Jérusalem », le refuge choisi par Dieu pour ceux qu’Il veut préserver de la corruption. Les Indiens, au contraire, représentent les restes d’une « race maudite » que le « Démon » a conduite dans ce territoire. De telles idées permettent de justifier les spoliations que les colons font subir aux indigènes. Ces puritains organisent leurs communautés sur un modèle congrégationaliste. L’Église est le centre de la vie religieuse, politique et sociale. Pour en être membre, il faut exposer sa « conversion » et être élu par les autres membres. La communauté choisit son pasteur qui n’a pas de supérieur ecclésiastique. » (Baubérot, 2013, p. 36)


Beaucoup de théologiens ou penseurs chrétiens vont écrire beaucoup d’ouvrages pour commenter, analyser et expliquer la Bible qui reste un livre mythique, mystique et mystérieux.


Avec la création de l’individu comme objet d’étude, le chrétien commence à concevoir Dieu dans sa propre façon et à faire ses expériences personnelles avec lui.


Pour comprendre le concept individu, je vais vous exposer à trois auteurs que j’apprécie beaucoup. Ils voient l’individualisme différemment.



D’abord Émile Durkheim, sociologue français.

Selon lui, c’est la dynamique sociale qui évolue avec l’apparition de l’individu et on est passé d'une société mécanique à une société organique, c'est comme la sortie de la caverne. Selon lui, tout ce qui compte, c'est le lien social qu’il faut nourrir. Pour ce faire, Durkheim préconise qu'on agisse sur le contexte social dans lequel évolue l'individu, car à chaque fois que des gens se reconnaissent dans un ordre secondaire (autre que l'ordre établi) il y a risque que le lien social brise.


Selon son modèle, il faut trouver une manière d’intégrer l’ensemble car si l'individu n'arrive pas à intégrer les règles établies juste à cause de ses égos, à ce moment on est en face de l'égoïsme. Si au contraire, l'individu n'arrive pas à intégrer les règles parce qu'il ne les partage pas, il s'agit de l'anomie. Quand il y a des problèmes dans la régulation et dans l'intégration des valeurs, apparait la désorganisation sociale et les conflits sociaux.


Alors, selon Durkheim, il n'est pas productif d'opposer l'individu à la société, il faut juste trouver le bon dosage entre les deux car trop d'individualité va poser des problèmes. Il avance trois niveaux d'individualisme, négatif, citoyen et universel.


L’autre sociologue, c’est Georg Simmel qui est allemand.

Avec Simmel, l'individualisme peut prendre deux formes à savoir l’« indépendance individuelle » où l'individu décide de s'affranchir, de se libérer des relations traditionnelles et la « différence personnelle » qui est une forme de définition ou d'affirmation de soi. Selon lui, la modernité apporte des changements qui viennent influencer le rapport de l'individu avec les autres et avec lui-même, parmi lesquels citons l'augmentation des cercles sociaux, la valorisation de l'autonomisation, la création des identités et aussi l'urbanisation.


Enfin le troisième sociologue est George H Mead, il est américain.

Avec G. H. Mead, on comprend toujours l’individu dans son lien avec les autres. L’action individuelle est forcément orientée ou influencée par les autres. Dans ce sens, pour comprendre le monde il faut analyser la relation des individus au monde. Pour ce faire il faut considérer la relation individu-société comme dynamique. Alors selon Mead, c’est en existant individuellement qu’on comprend l’existence des autres, j’existe individuellement, à travers le regard de l’autre. Ce que je suis n’a de sens que si je suis en public. D’où un jeu d’influence qui prend la forme de pouvoir. L’action individuelle est donc orientée, ou influencée par les autres.


Nouvelle compréhension des doctrines bibliques et nouvelle application des principes qui auront des répercutions sur la vie sociale et les rapports sociaux, d’où la notion de tolérance et l’acceptation de l’autre (nouveau rapport homme-femme surtout avec le mouvement féminisme, nouvelle interprétations des textes)


Parmi ces changements, je peux citer:


  • la procréation ( pro-vie, pro-choix, le planning familial, la fécondation en dehors de matrice, les porteuse de grossesse)

  • la sexualité ( le pluri-amour, l’homosexualité, la transgenre, la zoophilie, la pédophilie) ,

  • le mariage ( cela devient un acte civil sanctionné ou validé par l’État où actuellement la personne peut choisir n’importe qui dans sa famille ou dans son cercle d’amis comme célébrant, le mariage avec les objets comme Eija-Riitta et le mur de Berlin, Eifel Erika avec la tour d’Eifel les animaux ou avec soi-même aux États-Unis en 2012, en Angleterre, au Japon etc),

  • la famille ( ce n’est plus père- mère enfant maintenant c’est parent 1 et parent 2, 3 ou 4, sans oublier les familles recomposées),

  • le salut ( cela devient une décision personnelle sans interférence d’un prêtre),

  • la terre (la protection de la terre devient une priorité, nous avons les énergies vertes, l’hydrogène verte, la consommation écoresponsable, des systèmes de transport public vert, mais on attend plus d’églises vertes ou des chrétiens verts)


Comment promouvoir une éthique protestante dans le contexte des temps modernes?


Nous vivons dans une période de bouleversement sociopolitique, d’instabilité économique, de précarité socioprofessionnelle et de voracité humaine. Le protestantisme est émietté, les leaders font plus de polémique qu’ils trouvent de consensus, les cultures humaines et les sous-cultures se renforcent ce qui renforcent aussi les barrières humaines et les identités individuelles.


En attendant, les progrès techniques voire technologiques et les courants idéologiques s’imposent comme la montée du nationalisme et de l’ultranationalisme, les luttes pour les reconnaissances identitaires ( les noirs, les LGBTQ, les radicalisés, les complotistes).


Voilà le décor dans lequel se trouve l’église protestante qui doit encore fait valoir sa capacité de convaincre le monde à suivre Jésus le Christ. Alors comment le chrétien protestant peut-il être chrétien à l’image du Christ. En ce sens, selon moi il est désuet de parler de l’éthique protestante, si l’éthique concerne aux manières de vivre et aux comportements.


Dans une société d’individus comme la nôtre, il n’y a pas de valeur commune. Dans la religion protestante actuelle, il n’y a pas de valeur commune, pas de manières de vivre partagée par tous les protestants. Donc il faut parler d’une éthique selon le contexte, le courant et les valeurs individuelles dominantes.


 

Je termine en rappelant que la Réforme protestante est un évènement majeur qui a beaucoup de conséquences sur le fonctionnement de nos sociétés modernes, nouveau rapport de l’individu avec son corps, avec les textes bibliques, avec les leaders religieux et avec ses semblables, ouverture de nouveaux marchés, de nouvelles niches de produits religieux en lien avec le protestantisme.


Aujourd’hui les protestants ne payent plus l’indulgence mais ils paient les jours de jeunes, ils doivent faire des offrandes rares, ils paient pour une guérison, il est difficile qu’un chrétien rentre dans une église protestante et sort avec l’argent dans sa poche car il y a tellement de ramassage, il va finir par céder si non il est harcelé et menacé s’il laisse le temple sans rendre cet argent ou sans avoir promis qu’il le ramènera. La cause, des pasteurs qui ne font rien, ils disent qu'ils sont des ouvriers à temps plein. Donc ils doivent trouver toutes les formules pour dépouiller les fidèles. Moi je l'ai déjà dis et je le répète ici, l'église locale est un organisme qui existe avec la contribution des membres et des dons ou d'autres activités génératrices de revenus. La quête ou le ramassage des offrandes n'est pas le problème quand cela laisse le fidèle dans sa liberté sur quand et comment il doit donner.


Parmi les penseurs qui prennent de contre pied l’idée que la Réforme vient contribuer à l’établissement de la modernité et surtout du capitalisme, nous trouvons le professeur Yves Krumenacker de l’Université Paris Lyon III. Selon lui le protestantisme n’est pas tout à fait au service du Capitalisme comme beaucoup le disent en interprétant l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Weber.


Il dit que le temps protestant n’est pas forcément le temps moderne. Selon lui, « la principale contribution du protestantisme des XVIe, XVIIIe siècles à la modernité est peut-être la valorisation de la maîtrise du temps par l’ensemble de la société, l’idée que le temps est un bien qu’il ne faut pas perdre, qui peut même faire gagner de l’argent. Ce temps qui s’inscrit dans le déclin d’un monde vieux – du moins est-ce ainsi qu’on le voit à la Renaissance – est un temps où il faut sans cesse faire effort pour se conformer au plan divin ; il ne faut donc pas le gâcher, le gaspiller dans des activités futiles ou dans l’oisiveté. » (Krumenacker 2019, dans la revue Temporalités)


Alors, mesdames messieurs, frères et sœurs, mes recommandations pour ceux qui veulent encore résister face à ces vagues d’incertitudes est la suivante :


Agissez votre foi en Dieu, que votre cœur ne se trouble point et ne s’alarme point.


Karl Barth est philosophe et théologien, il était pasteur suisse et personnalité majeure de la théologie dialectique, il nous dit dans l’éthique :


Comme un nageur au moment de se lancer à la nage, comme un cycliste au moment où il doit compter que sur la vitesse de propulsion, le chrétien authentique n’a qu’à faire confiance à Dieu s’il veut réussir dans la vie d’ici-bas. Le sens de la foi comme événement anthropologique peut être une opinion ou une persuasion, mais il peut être aussi une croyance. La détermination de la foi doit avoir pour base cette déclaration : Dieu est présent là où telle confiance et risque du cœur existe, afin que la foi ne soi pas ontologiquement une folie, un saut dans l’obscurité même si phénoménologiquement elle donne cette impression. Cependant une foi bien ancrée, elle a l’effet d’une certitude d’acier.




Je vous laisse avec cette expérience personnelle. Je suis pasteur, théologien, en même temps, je suis un critique de la théologie et de la religion. Je suis né dans la religion chrétienne et depuis 8 jours de naissance, mon père pasteur et ma mère, dame missionnaire, m’enveloppaient pour m’emmener dans les veilles de nuit chaque vendredi. Aujourd’hui en dépit de ces expériences je suis capable de prendre une distance épistémologique pour analyser, expliquer et comprendre. Cependant, je grade la foi en Dieu, j'apprends à connaitre Dieu à ma façon, selon ma conviction et je le comprends mieux que la façon on me l'avait présenté. Voilà pourquoi, rien et personne ne peut me retirer dans ma relation avec Dieu. La base de toute éthique protestante est une foi ferme. Si nous pouvons partager cette foi de façon commune, nous aurons plus d'impact sur la société.


Je vous le dis en vérité, quand tout passe, quand la philosophie n’a plus de dialectique, quand la psychanalyse échoue, quand le travail social ne peut plus rien faire dans un cas, quand la sociologie ne trouve pas de concept et de théorie, quand la médecine dans ses acharnements thérapeutiques dit point final, votre foi en Dieu est la seule qui peut vous délivrer, qui peut vous guérir, qui peut vous retirer de votre addiction, qui peut vous donner une nouvelle identité, donc qui peut vous transformer à l’image du Dieu invisible et vous rendre à la stature parfaite du Dieu Christ.


À vous qui avez lu cet article, je vous remercie, bonne fête Réforme, et soyez vous-même réformé et transformé par le renouvellement de l'intelligence.



Lefabson Sully,

Votre frère

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